Affiche signée par Aleksi Briclot
L'auteur.e et son illustratrice : le binôme de la mort-qui-tue
Lors de la conférence "L'auteur.e et son illustratrice : le binôme de la mort-qui-tue", animée par Frédéric Michel (présentateur), plusieurs artistes sont intervenus autour du thème de la collaboration artistique et des duos influents. Isabelle Bauthian, romancière et scénariste BD (Anasterry, Grish-Mère), a partagé son expérience de narration en tandem avec l'illustratrice Maurane Mazars. Jean-Philippe Jaworski, auteur de fantasy (Gagner la guerre, Rois du monde), a évoqué la richesse des interactions entre texte et image. Maurane Mazars, autrice de bande dessinée (Tanz !, Acouphènes), a parlé de la construction sensible de ses récits visuels. Inès Cœur Mezzoud, illustratrice, a présenté son travail d’illustration de Gagner la guerre, réalisé dans le cadre de ses études. Ce projet, mené en dernière année, comportait une vingtaine d’illustrations proches de son style et visait à restituer l’esprit du roman. Pour cela, elle s’est mise dans la peau de l’auteur en lisant ses références personnelles, en explorant notes, photos, peintures, et en posant des questions sur certains éléments pour relier ses propres références à celles de Jaworski. Elle s’est appuyée sur des images fortes : animaux, félins, pumas, l’esthétique de Arcane (Fortiche), ou encore des figures comme Machiavel. Elle évoque un personnage sociopathe, sans scrupules, manquant d’empathie un chat maigre extrêmement endurant, qui encaisse. Pour Isabelle Bauthian, elle fait un projet autour du duo Cocteau et Marais avec Maurane Mazars. Ce binôme artistique et amoureux évoque un univers onirique, expressionniste, empreint d’imaginaire (La Belle et la Bête). Le projet cherche à définir de quoi parler, entre vulgarisation historique et vision d’autrice sans trahir l’histoire. Il s’appuie sur un vrai travail de biographe avec un plaisir à faire des recherches, les références croisées, des sites d’images, des articles de presse, jusqu’à l’introduction de scans. L’objectif : parler de l’artiste et de l’humain, des liens entre amour et amitié, interroger les responsabilités de l’artiste, ses limites, la morale notamment à travers une citation de Cocteau qui disait ne pas vouloir se préoccuper des choses de la guerre. Le projet établit un parallèle avec la presse d’aujourd’hui. Il s’incarne aussi dans un travail de groupe, un travail d’après photos, et même une démarche de prise de vue personnelle. Le côté dramaturgique et scénique y est également présent, à l’image d’un metteur en scène composant à partir de matières multiples.
Du vaudou aux zombies : figures de la "non mort"
Images de HBO
La conférence « Du vaudou aux zombies : figures de la ‘non-mort’ » explore les représentations culturelles de la vie, de la mort et de la non-mort, depuis le vaudou africain et caribéen jusqu’aux zombies dans la culture occidentale. Elle réunit quatre spécialistes : Philippe Charlier, médecin légiste et anthropologue reconnu pour ses recherches sur des figures historiques et expositions thématiques, Clémentine Hougue, historienne de la littérature de science-fiction, Kéfil Houssou, sociologue et anthropologue des imaginaires collectifs, et Audrey Tuaillon-Demésy, sociologue intéressée par les cultures alternatives et les imaginaires du temps. Dans la tradition vodou, née en Afrique et transportée entre 1492 et 1504 lors de l’esclavage vers la Floride et Haïti, la vie et la mort ne s’opposent pas simplement, mais s’inscrivent entre le monde visible et invisible. Le Vodou est une religion consacrée à une divinité suprême, source d’une énergie lumineuse. Les rituels incluent le Vo, qui invite à se mettre à l’aise et à se purifier, et le Doum, qui consiste à chercher et puiser cette énergie. Dans cette vision, le zombie, tel qu’on le conçoit en République du Congo, est un esprit sans corps, tandis que les Bizango, descendants d’esclaves, sont des corps sans esprit. En Occident, la figure du zombie évolue dans la littérature fantastique et la science-fiction. Le « White Zombie », zombie blanc, évoque une créature proche du vampire ou de la goule, tandis que des récits de science-fiction présentent des extraterrestres transformant les humains en zombies. Le mort-vivant, enfoui sous terre, est censé tout voir, symbolisant une mort qui ne s’oppose pas à la vie, mais plutôt à la naissance. Les zombies sont souvent décrits comme des envahisseurs, mais la vraie menace qu’ils incarnent est humaine. Selon certains scénaristes comme Roméo, les zombies sont des miroirs de la société et un révélateur des peurs profondes, notamment celle d’une mort contagieuse. Depuis septembre 2001, la figure du zombie est aussi perçue comme un ennemi intérieur, dévoilant une vérité nue sur les fragilités sociales. On distingue trois types de zombies : l’adepte corrompu, le zombie psychiatrique, et celui lié à l’usurpation d’identité, chacun incarnant différentes formes de menace et de peur sociale.